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Romuald Wadagni : «Le Maroc constitue un cas d’école pour les autres pays du continent»

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Romuald Wadagni : «Le Maroc constitue un cas d’école pour les autres pays du continent»

Romuald Wadagni Ministre de l’économie et des finances du Bénin

• Textile, agriculture, automobile…, les pays d’Afrique peuvent attirer une partie des activités de production, comme le Maroc a su le démontrer.
• Renforcer la mise en commun des règles des affaires à l’échelle du continent est essentiel pour assurer l’attractivité des pays africains.

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Romuald Wadagni Ministre de l’économie et des finances du Bénin

La relance économique un peu partout dans le monde ouvre le débat sur la relocalisation des entreprises, notamment européennes, qui sont très présentes sur le continent africain. Un enjeu considérable pour les pays d’Afrique, et qui pourrait aussi représenter une opportunité majeure pour les économies ayant su mettre en place les réformes appropriées et renforcer leur attractivité économique. Romuald Wadagni apporte un éclairage sur le sujet.

• Dans la course à la relance économique, la question de relocalisation des entreprises étrangères refait surface. La question est de savoir si les pays d’Afrique dont l’économie repose en partie sur les IDE seront impactés par ce risque…
Les pays européens ont engagé depuis plusieurs décennies un mouvement de délocalisation de leur production, notamment vers l’Asie, afin de répondre à des questions de compétitivité, et trouver des relais de croissance en accédant à de nouveaux marchés.
Ces dernières années, certaines entreprises européennes ont entamé une phase de relocalisation de leur production, que la crise du Coronavirus pourrait effectivement catalyser. Ce mouvement constitue un enjeu considérable pour les pays d’Afrique, et pourrait représenter une opportunité majeure pour les économies ayant su mettre en place les réformes appropriées et renforcer leur attractivité économique. En effet, si le processus de relocalisation vers l’Europe est susceptible d’impacter négativement les pays africains, via une contraction des IDE notamment, ces derniers peuvent également capter une partie de la production asiatique rapatriée par les entreprises européennes, et ainsi dynamiser leur économie.

• Cette crise représente-t-elle une opportunité pour l’Afrique? Comment peut-elle se démarquer ?
Cette crise peut constituer une opportunité pour l’Afrique si les conditions d’attractivité et de compétitivité sont réunies. Tout d’abord, comme évoqué, la stratégie d’implantation de la production des entreprises se fonde en partie sur la volonté de pénétrer de nouveaux marchés. L’Afrique devient progressivement un marché stratégique pour les entreprises européennes, et sa proximité avec l’Europe peut permettre de tirer parti du mouvement de relocalisation, non seulement via le renforcement des liens commerciaux, mais également en captant une partie de la production asiatique relocalisée.
La capacité des pays africains à drainer une partie de cette production repose avant tout sur le développement et le dynamisme de leur tissu industriel. Dans cette optique, le Bénin a mis en œuvre ces dernières années des réformes ambitieuses pour améliorer le climat des affaires et renforcer l’attractivité du pays auprès des investisseurs et entreprises étrangers. Nous suivons de très près les politiques adoptées par le Maroc à cet égard. Le Maroc constitue en effet un cas d’école pour les autres pays du continent, celui d’une économie ayant réussi avec succès à attirer des IDE en masse et à développer une industrie de transformation.
Ainsi, le Bénin a ancré au cœur de son plan de transformation la mise en place des préalables nécessaires pour attirer davantage d’investissements étrangers. Ces efforts sont orientés par exemple vers l’amélioration du cadre légal et institutionnel des affaires, la modernisation du secteur de l’énergie, ou encore le renforcement de la formation professionnelle. Enfin, l’un des critères fondamentaux d’attractivité réside dans la stabilité et prédictibilité des normes. Renforcer la mise en commun des règles des affaires à l’échelle du continent est essentiel pour assurer l’attractivité des pays africains. Une première étape pourrait consister en l’uniformisation des règles du droit des affaires à l’échelle régionale, par exemple entre la CEDEAO et le Maroc.

• Quels sont les secteurs où le continent peut être compétitif et comment le faire savoir ?
Il existe un potentiel fort de développement des relations commerciales entre les pays d’Afrique et l’Europe, qui doit être renforcé, et étendu au-delà du secteur des matières premières. La proximité géographique du continent avec l’Europe, combinée à des coûts de production attractifs, nous offre un avantage compétitif majeur. Les pays d’Afrique peuvent notamment attirer une partie des activités de production, par exemple dans les secteurs du textile ou de l’automobile, comme le Maroc a su le démontrer. Le renforcement des infrastructures portuaires et aéroportuaires des pays africains contribue à l’attractivité du continent, et les projets entrepris par le Bénin ces dernières années vont dans ce sens.

• Qu’en est-il de la coopération entre le Maroc et le Bénin? La crise sanitaire a-t-elle changé la donne ?
Le Maroc et le Bénin ont développé des liens étroits de coopération, tant commerciaux que financiers. Nous avons récemment créé la Caisse des dépôts et consignations du Bénin, en partenariat direct avec le Maroc. Plusieurs banques marocaines ont fait le choix d’y établir une filiale. Le Maroc et le Bénin ont également signé une convention en vue d’éviter la double imposition, de prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôt sur le revenu, et d’établir des règles d’assistance réciproque. Enfin, le projet de constitution d’une zone de libre-échange continentale contribuera à renforcer davantage la coopération bilatérale entre le Bénin et le Maroc. L’intensification de la coopération entre le Maroc et le Bénin ne saurait être durablement affectée par la crise sanitaire.

• Quel rôle peut jouer la diaspora pour donner corps au co-investissement Europe-Afrique
La diaspora peut jouer un rôle important dans ce processus, en intervenant non seulement comme relais de nos intérêts sur le continent européen, mais également comme source de financement pour les projets initiés en Afrique. Certains pays du continent ont par exemple déjà mobilisé leur diaspora pour financer leurs investissements et dynamiser leur économie, notamment par l’émission de «diaspora bonds».

• Le Maroc a-t-il une légitimité d’être le porte-drapeau d’un partenariat win win Europe-Afrique ?
Le Maroc a su développer des relations très fortes avec l’Europe. Le pays a en effet réussi à attirer avec succès au cours de la dernière décennie de grandes entreprises industrielles européennes. Le secteur automobile est ainsi devenu le premier secteur d’exportation en valeur du Royaume – plus de 27% des exportations en 2019, devant le phosphate ou l’agriculture. Cette coopération peut constituer un tremplin pour le Maroc. Le pays bénéficie notamment d’une position géographique stratégique pour faire le pont entre les entreprises européennes et le marché africain. Cet atout est renforcé par la solidité de son cadre institutionnel, clé pour l’implantation des entreprises étrangères, et par l’historique de coopération avec ses partenaires européens.

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