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Les activités de la médina de Marrakech quasi sinistrées

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Les activités de la médina de Marrakech quasi sinistrées

Marrakech

• La médina a été mise à genoux à cause de la fermeture des frontières et l’état d’urgence sanitaire.
• Les filières de l’artisanat ont arrêté la production, sauf celles vouées à l’export.
• Maisons d’hôtes, calèches, guidage touristique, etc. Tout est à l’arrêt, ou presque.

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Marrakech

Samedi, 22 août. La place Jamaâ Lafna gît sous un soleil de plomb. D’habitude, même la chaleur suffocante de l’été n’empêche pas les visiteurs d’y venir en nombre. En cette matinée, la place est déserte, hormis quelques passants et taxis qui roulent lentement sur le pavé ocre. Comme dans les villes touristiques du Royaume, les taxis ont l’habitude de réaliser la plus grande partie de leurs recettes grâce aux touristes étrangers, et aussi aux nationaux qui visitent la ville. Cela fait plus de sept mois que cela n’est plus possible, à part une éclaircie de quelques jours après le déconfinement fin juin. Seuls les résidents se rendent actuellement à la médina, pour des raisons familiales, et rarement pour faire des courses, comme c’est le cas en temps normal.

Détail crucial, l’accès à la plupart des marchés d’artisanat de la ville se fait à partir de Jamaâ Lafna. De là, plusieurs ruelles mènent, mine de rien, aux plus grands souks traditionnels du Royaume. Les noms de ces marchés (Passementiers, orfèvres, maroquiniers, etc.) renvoient à des métiers ancestraux qui ont accompagné l’évolution de la ville et de ses résidents. A une période où les touristes étrangers sont devenus leur principale cible, ces marchés ont tout simplement fermé boutique après les fermetures des frontières. Par ricochet, les artisans travaillant pour les bazars se sont retrouvés au chômage. Combien représentent ceux-ci parmi l’ensemble des artisans de la ville ? Difficile à savoir, mais des professionnels disent que les bazars font travailler au moins la moitié des artisans de la ville. Ce qui est sûr, c’est que la totalité des marchés «touristiques» sont fermés. Les boutiques ouvertes, quant à elles, le sont pour la forme. C’est ce que nous a confirmé un bazariste au marché Semmarine en cette matinée du 22 août. «Les gérants ouvrent leurs magasins et bazars pour faire le ménage ou passer le temps. Rien à espérer tant que la pandémie perdure», explique-t-il d’un ton lamentable. A cette catégorie s’ajoutent les artisans qui écoulent leurs produits directement dans leurs magasins situés dans les fondouks, anciens caravansérails transformés en complexes artisanaux. Ces artisans dépendent énormément des clients walk-in, en majorité des touristes étrangers ou des visiteurs venant d’autres villes. Rares sont les visiteurs des fondouks actuellement.

La passementerie, une filière à l’agonie

Selon Hicham Berdouzi, directeur du Complexe artisanal de Marrakech, le secteur de l’export des produits d’artisanat a été heureusement épargné. Les unités de production qui fournissent aux PME spécialisées en export ont continué à tourner. D’habitude, ces unités sont cachées et n’ont pas pignon sur rue. «Après une grande baisse enregistrée au cours des mois de mars et avril 2020, l’exportation a repris. En juillet, l’activité de l’export a même réalisé une augmentation de 38% par rapport à la même période de l’année dernière», souligne M. Berdouzi. Dans le même registre, certaines filières ont pu sauver la face grâce aux clients locaux. Les tailleurs et les dinandiers représentent cette catégorie. Ainsi, une chute globale de 31 et 68% a été enregistrée successivement au cours des deux premiers trimestres de l’année. C’est ce que nous apprend une étude récente réalisée par le ministère de tourisme, se basant sur des données des sept premiers mois de l’année 2020.Evolution mensuelle des exportations des produits dartisanat de Marrakech
Youssef Alaoui, le plus grand passementier de la ville, nous a dressé une image très parlante de l’artisanat et des artisans de la ville actuellement : le même constat très morose se confirme et la filière de la passementerie vit ses pires moments depuis plus de deux décennies. Hormis quelques commandes provenant de l’étranger, sa société, Youssef Création & passementerie, qui emploie environ cinquante artisans, est pratiquement à l’arrêt. «Notre activité est alimentée par l’export, le segment du modélisme et la création artistique, l’industrie du cinéma et les boutiques des hôtels. Nous avons essayé de ne pas arrêter la production mais nos stocks se sont très vite remplis. Nous avons été contraints d’arrêter de produire», déclare M. Alaoui qui anime un atelier d’apprentissage de passementerie au profit de jeunes filles. Même ce projet, il a dû en suspendre l’activité.

Les travailleurs des maisons d’hôtes meurtris

Les chiffres officiels disent que seuls 38 établissements classés sur 425 étaient ouverts à la première moitié du mois d’août. Tout porte à croire que ce chiffre va continuer à baisser. En termes de remplissage les plus optimistes taux d’occupation ont varié entre 10 et 15% durant la première moitié du mois, moins que la ville d’Agadir (+ 25%). La médina de Marrakech, qui abrite environ 1400 maisons d’hôtes de première et de deuxième catégories, avec une capacité litière d’environ 11 800 lits, ne contribue pratiquement pas à ce taux d’occupation. Pour cause, toutes ces unités se sont vidées complètement de leurs visiteurs. C’est ce que nous avons pu constater de visu. Pire, on nous informe du côté de l’Association des maisons d’hôtes de Marrakech et du Sud (Moroccan Guest Houses) que les maisons d’hôtes sont toutes fermées pour l’instant, en attendant le 10 septembre, date de la fin présumée de l’état d’urgence sanitaire. Qu’advient-il des travailleurs? Logiquement, les employés déclarés bénéficient de l’indemnité servie par la CNSS. Par contre, le sort des travailleurs non déclarés reste flou. Sans aide familiale, cette catégorie de travailleurs, qui représente une partie considérable de la population de la médina, reste livrée à elle-même.

Plus de 4 000 conducteurs de calèches sans emploi

L’impact de la pandémie sur les conducteurs de calèches est bien visible. Depuis le 15 mars, ils ont arrêté d’arpenter les avenues de la ville ocre d’un seul coup. Comme les employés des maisons d’hôtes, les conducteurs ayant une couverture RAMED, une minorité selon Hassan Lakhdar, président de l’Association des conducteurs de calèches de Marrakech, ont pu joindre les deux bouts. Le reste a dû se convertir au commerce ou dépend de la bonne volonté de l’entourage familial. Selon Hassan Lakhdar, ce ne sont pas moins de 1 000 calèches dotées de licences qui ont dû arrêter de travailler. «Chaque calèche a deux chevaux, deux conducteurs et un palefrenier pour s’occuper des chevaux, sans compter les pareurs auxquels on fait appel. Tout ce beau monde s’est retrouvé au chômage», précise Hassan Lakhdar. Selon lui, l’impact de la crise n’aurait pas été aussi rude si le projet de doter les conducteurs d’une couverture sociale avait abouti. En attendant, cette catégorie de travailleurs de l’industrie touristique doit survivre avec les moyens du bord. Plusieurs ont dû céder leurs chevaux à un prix aussi bas que 500 dirhams. Du jamais vu dans le métier. En effet, l’entretien des chevaux nécessite des coûts exorbitants. Les propriétaires préfèrent tout simplement les brader. Depuis mi-avril, la SOREC et la SPANA (Société protectrice des animaux et de la nature) ont procédé à la distribution d’aliments au profit des chevaux de calèches de Marrakech, à trois reprises. L’initiative était louable, mais insuffisante.

ABDESSADEK QADIMI

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