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Le hammam à domicile…, une nouvelle prestation de service

La Vie éco

Le hammam à domicile…, une nouvelle prestation de service

Hammam Maroc

De la débrouille, Amina, on l’appellera ainsi, a toujours gagné sa vie. Durant ces quinze dernières années, elle a enchaîné des petits boulots : vendeuse ambulante de foulards, femme de ménage, serveuse et enfin tayyaba (qui pratique des massages et du gommage au bain maure) depuis 2016 à Lissasfa. Le quartier où elle est née et où elle habite avec sa mère et ses deux frères. «Le propriétaire du bain réside dans le même quartier et ma mère m’a placée chez lui parce qu’on connaît la famille et parce que c’est à proximité de chez nous. Mais, en dehors de ces deux avantages, mon travail chez lui n’avait pas d’avenir : pas de salaire fixe, ni de prime. Avec les trois autres femmes, nous n’avions que l’argent donné par les clientes dont les plus généreuses nous laissaient entre 50 ou 60 dirhams. A la fin de la journée, on partageait la recette. Chacune d’entre nous repartait, en fonction de l’affluence et de la saison, en moyenne avec 150 à 200 dirhams, comme elle pouvait rentrer chez elle avec zéro dirham. Et nous avons zéro dirham depuis que le Corona est arrivé au bled (rires)», indique Amina qui a décidé, plus débrouillarde que jamais, d’agir et de ne pas rester les bras croisés à attendre la réouverture des hammams qui, pense-t-elle, n’est pas pour demain. Même la campagne de vaccination ne la rassure pas : «Il faut attendre encore plusieurs mois, pour que tout le monde fasse le vaccin et que l’on décide de reprendre notre vie d’avant. On ne sait pas ce qui va se passer…».
C’est ainsi que, depuis deux semaines maintenant, et avec le soutien d’un de ses neveux, elle a organisé, avec deux de ses ex-collègues du hammam, un service gommage à domicile. L’idée d’Amina est partie de la demande d’une ancienne de ses clientes pour l’aider pour le hammam de sa mère âgée et malade. «Elle m’a demandé de venir chez elle pour l’aider, parce qu’elle ne pouvait pas laver sa vieille maman toute seule, elle craignait une mauvaise chute ou un malaise. J’ai accepté et j’ai refusé d’être payée, pour moi c’était une hassana (bonne action), c’est tout !», dit la jeune femme. Lorsque, à son retour, elle raconta son histoire à sa famille, son neveu a rapidement réagi et a proposé de l’aider à organiser cette prestation dans leur quartier et pourquoi pas dans d’autres à Casablanca. «Cette nuit-là je n’ai pas fermé l’œil, j’ai pensé au moindre détail de ce service, à qui je pouvais le proposer et à combien et si je devais en parler à mes amies ou pas ?!», confie-t-elle. Sur conseil de sa famille, il fallait associer ses deux autres amies et proposer quelque chose de sérieux.

«Je veux avoir mon propre moyen de déplacement …»
«Vous savez, je ne sais pas quand les hammams reprendront leur activité et même si c’est le cas, on ne reprendra pas, on restera à notre propre compte parce que c’est plus intéressant pour nous, car on peut se développer, mettre de l’argent de côté pour les temps de crise comme aujourd’hui. Depuis mars, tous les employés des hammams sont sans le sou et certains d’entre eux font la manche ! », dit Amina.
Et la débrouille, lui réussit bien depuis un mois maintenant. Avec ses amies, elles proposent leurs services à
domicile : «Nous avons commencé par nos clientes, celles qui ont bien sûr une salle de bains à la maison, parce que dans le quartier Lissasfa, ce n’est pas le cas de tout le monde, celles qui ont les moyens de nous payer et nous nous adressons aussi aux familles qui ont des personnes âgées et malades…». Au début, elles se sont contentées, comme au hammam, de la générosité de leurs clientes qui leur donnaient entre 50 et 70 DH. «Nous avions trois à quatre clientes par jour, mais grâce à l’aide et aux connaissances de mon neveu qui travaille dans une superette au Maarif, nous avons eu de nouvelles clientes en dehors de notre quartier. Nous avons actuellement quatre rendez-vous hebdomadaire chez quatre familles du Maarif et Hay Hassani. C’est pour des femmes âgées et une personne handicapée. Nous avons fixé nos prix à 100 DH et tout pourboire est le bienvenu (rires). En dehors du gommage et du savonnage, nous habillons les clientes âgées et nous faisons le nettoyage de la salle de bains qui est un plus, juste pour encourager les clientes», explique Amina qui, très motivée, ambitionne de développer son affaire : «Pour l’instant, on se déplace en taxi ou en bus, mais je veux avoir mon propre moyen de transport pour me déplacer en sécurité et rassurer les clientes. La semaine dernière, une cliente, qui a un bain maure dans sa villa à Sidi Maârouf nous a contactées pour un après-midi détente et hammam pour ses amies, s’est décommandée parce que nous nous déplaçons en taxi et elle a peur du virus !». La solution est trouvée, toujours grâce à l’aide précieuse du neveu : un arrangement avec un transporteur informel de leur quartier : il assurera leur déplacement moyennant 30 DH pour chaque course. Ce deal sera amélioré par la suite, selon la jeune tayyaba qui a d’autres idées dans la tête pour développer son business. «Je veux d’abord me faire connaître, donc mon neveu m’a promis une page facebook (lfeysse diali), une annonce sur youtube. Ensuite, quand les affaires marcheront bien, je pourrais m’adresser à une association de femmes pour le crédit ou bien faire le nécessaire pour avoir ce qu’ils appellent moukawalati, j’achèterais une voiture et des produits naturels chez les coopératives de femmes. Je pourrais aussi proposer l’organisation des cérémonies de hammams pour les mariées et les jeunes mamans». Pour l’instant, elle garde les pieds sur terre et se concentre sur ce qu’elle appelle «Kounache», carnet de rendez-vous, de cette semaine : six clientes entre le lundi et le mercredi. Sans compter les cinq rendez-vous habituels du week-end. «Ca marche pour nous, c’est mieux que le travail au hammam et nous ne voulons pas passer nos journées à attendre devant la préfecture ou la CNSS pour demander de l’aide. Il faut se débrouiller dans la vie…», lance Amina en partant. A la demande d’une photo pour l’article, elle décline gentiment la demande et promet un autre article avec photo lorsqu’elle aura sa propre «moukawala. Je me débrouillerai pour la créer et j’aurai même un hammam et je déclarerai les tayyabates à la CNSS…»

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