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«Notre objectif pour la prochaine décennie est de propulser la consommation moyenne à 30 kg/hab/an»

La Vie éco

«Notre objectif pour la prochaine décennie est de propulser la consommation moyenne à 30 kg/hab/an»

M'hammed Karimine, Président de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges

• Quelles sont les principales réalisations de la filière des viandes rouges durant la décennie du Plan Maroc Vert ?
La 1ère réalisation à mettre à l’actif du Plan Maroc Vert est l’organisation de l’interprofession. Alors que le secteur se composait de plusieurs structures associatives ou corporatives le PMV a exigé un seul interlocuteur officiel. D’où la création de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (FIVIAR) qui est constituée de plusieurs collèges : un collège, en amont de la filière, concernant la production, un autre relatif à la commercialisation et un dernier dédié à la valorisation de la viande. Ces collèges sont constitués d’associations qui existaient déjà. D’autres ont été créées, à l’instar de l’Association nationale des abattoirs privés ou gérés par le privé (ANAP). Une fois que la FIVIAR était reconnue comme seule interlocuteur officiel avec les pouvoirs publics, nous étions en mesure de signer des contrats-programmes (CP) avec les ministères de l’agriculture, des finances, de l’intérieur et de l’industrie. Cela sur le plan institutionnel.
Sur le plan opérationnel, l’objectif de ces contrats-programmes était d’augmenter la production. Si l’on prend 2007 comme année de référence, la consommation nationale moyenne de viandes rouges était de 10,5 kg/habitant/an, soit le tiers de celle recommandée par l’OMS, fixée à 27 kg. Il fallait alors répondre aux critères de cette institution internationale, de sorte à ce que le producteur y trouve son compte, sans pour autant augmenter les prix et ce, dans le but d’attirer davantage de consommateurs. A la fin du CP, la consommation a atteint 19 kg/hab/an. Ce qui représente une progression de pratiquement 100%.
Le gros de cette production a été réalisé sur la race bovine, qui recelait d’un important potentiel. D’ailleurs, l’accent a été notamment mis sur la productivité. En effet, le poids carcasse moyen qui était de 175 kg en 2007, s’est propulsé à 270 kg à la fin du CP. Il est important de souligner qu’en remontant aux années d’avant le PMV, le poids carcasse a gagné 1 kg pendant les 40 années qui précédaient l’année de référence 2007. Autrement dit, en 40 ans, le poids carcasse a gagné 40 kg, alors qu’en 10 ans il a presque doublé. La filière a affiché ces réalisations à travers la mise en place de formations des éleveurs/producteurs et une meilleure alimentation. Plusieurs efforts ont également été déployés en matière d’amélioration de la santé animale. C’est ainsi que le taux de mortalité des nouveaux-nés a nettement baissé. Tout cela a été rendu possible grâce à l’implication du ministère de l’agriculture dans le programme de développement prévu dans le PMV et ce, via notamment le Fonds de développement agricole.

• Si le volet de production est une réussite, d’autres volets ont moins bien marché…
Effectivement. Le PMV a dédié une grande partie du contrat programme de la filière à la valorisation des transactions des animaux, en envisageant de créer des marchés dédiés. Actuellement, les bêtes se vendent dans les souks hebdomadaires où tout peut être commercialisé (fruits & légumes, vêtements, blé et autres aliments). Ce qui met en péril les bêtes qui peuvent faire l’objet de vols ou de mauvais traitements. Ce volet n’a donc pas connu une grande amélioration. En cause, la charte communale qui prévoit que toutes les questions se rapportant aux marchés à bestiaux ou autres relèvent de la collectivité locale. Et donc, tout investissement, toute décision et toute mesure ne peut s’effectuer que via cette autorité. Nous avons eu du mal à les convaincre pour activer ce dossier, pour la simple raison que cette institution a d’autres dossiers qu’elle juge plus prioritaires.
L’autre aspect qui représente toujours un grand problème est les abattoirs. Le PMV avait projeté la réalisation de 12 abattoirs agréés par l’ONSSA, où le principe de la marche en avant est appliqué. On est loin du compte. La filière n’en dénombre que 5 actuellement (4 sont privés et 1 relève d’une collectivité locale), qui sont en difficulté financière, voire déficitaires. Et cela, en raison de la concurrence imposée de fait par les autres abattoirs anarchiques, qui respectent peu les normes d’hygiène et ne prennent en charge aucun investissement.
Du coup, la différence de prix de l’abattage se fait ressentir. Autour de Casablanca par exemple, l’abattage est au prix de 100 DH/tête dans les abattoirs non agréés, contre 900 DH/ tête dans les autres. En tout cas, nous n’avons pas réussi à impliquer suffisamment le ministère de l’intérieur et les collectivités locales pour changer la donne, quand bien même le PMV avait prévu une subvention pour renouveler l’infrastructure des abattoirs.
L’autre maillon faible de la chaîne est relatif aux boucheries. Bien qu’on ait mis en place un programme pour la mise à niveau des 8000 boucheries environ qui existent au Maroc, elles ne se sont pas vraiment développées, non plus, faute de disposer d’un programme ficelé et d’une forte implication des parties concernées, dont notamment le ministère de l’industrie et du commerce.

• L’interprofession est en train de préparer, avec les parties concernées, un contrat programme pour la décennie 2020-2030. En quoi devrait-il consister ?
Les axes de cette stratégie s’inscrivent dans la continuité des objectifs du PMV, à savoir continuer à promouvoir et à développer la production, afin d’atteindre, ou même dépasser les recommandations de l’OMS (NDLR : 27 kg/hab/an), tout en tenant compte de la croissance démographique du pays. Pour cela, il faut travailler davantage sur la productivité afin d’augmenter la production. Notre objectif est de propulser la consommation à 30kg/tête/an en moyenne, d’ici à 2030.
D’autant qu’il faut donner vie aux projets non réalisés pendant la dernière décennie. Allusion faite aux souks, aux abattoirs et aux boucheries. A mon sens, pour apporter davantage de sérénité et de sécurité aux transactions commerciales sur le bétail, il est absolument nécessaire de mettre en place des marchés dédiés aux bestiaux, comme c’est le cas en Europe, disposant de l’infrastructure adéquate, avec des quais de débarquement et de déchargement. Du côté des abattoirs, dans la mesure où la charte communale pose problème, il serait intéressant d’agir autrement, à travers par exemple le circuit législatif, afin d’écarter complètement la gestion des abattoirs des mains des collectivités. Concernant les boucheries, la fédération prévoit de leur consacrer un fonds en vue de les mettre à niveau, que ce soit en termes de surfaces propres, de revêtements, ou d’équipements garantissant la chaîne de froid de la viande. Le matériel de découpe n’est pas en reste, puisqu’une bonne découpe fait ressortir le meilleur de la viande. Cela devrait passer à travers la formation des bouchers à de nouvelles manières de découper pour une meilleure valorisation. D’ailleurs, nous avions dispensé des formations à une centaine de bouchers par an à travers le pays par des formateurs français et italiens, que nous comptons poursuivre.

• Dans cette filière, il semblerait que le bât blesse au niveau de l’export… Pour quelles raisons le Maroc n’exporte-t-il pas ses viandes rouges ?
La filière recèle d’un très fort potentiel d’export à l’international, pour la qualité de sa viande. Cependant, pour exporter, il faudra tout d’abord garantir la traçabilité des animaux de la naissance jusqu’à l’assiette, chose qui est toujours difficile à mettre en pratique au Maroc. Un autre chantier et non des moindres est relatif à l’état de santé des bêtes, ainsi qu’aux grandes maladies à éradiquer, pour ainsi pouvoir établir des certificats sanitaires et exporter donc vers l’Union Européenne et d’autres pays. Ce sont des chantiers sur lesquels l’accent est fortement mis afin de donner plus de valeur à cette filière.

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